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À la mémoire de Louis Bird
Louis Bird – Pennishish (4 mars 1934 – 11 juin 2026) a rejoint les ancêtres.
Pour de nombreux conteurs et conteuses du Canada, Louis était un grand gardien des récits, partageant avec une immense générosité les histoires de son héritage omushkego. Il a grandi sur la côte ouest de la baie d'Hudson et n'a jamais quitté les rivières, la baie et les terres de muskeg qu'il aimait tant.
Très jeune, il a compris qu'il avait reçu de ses parents, de ses grands-parents et des Aînés une tradition orale unique et inestimable. Il a consacré sa vie à préserver ces récits dans sa mémoire et à les transmettre. Il a parcouru les communautés de son territoire muni d'un magnétophone, consacrant d'innombrables heures à transcrire ces histoires dans sa langue.
Il est également l'auteur de The Spirit Lives in the Mind: Omushkego Stories, Lives and Dreams (avec Susan Gray) ainsi que de Telling Our Stories: Omushkego Legends and Histories from Hudson Bay (ouvrage compilé et dirigé par Jennifer S. H. Brown et Paul W. DePasquale). Ces deux livres témoignent de sa passion et de sa connaissance profonde de l'histoire, des pratiques spirituelles et des grands cycles narratifs de son peuple.
Il a aussi enregistré Pennishish – Legends of the Omushkigowak, un coffret de trois disques réalisé dans le cadre du programme StorySave de Storytellers of Canada – Conteurs du Canada. L'Université du Manitoba lui a décerné un doctorat honorifique. Plus tard dans sa vie, il a commencé à raconter dans des festivals de contes, notamment aux Pays-Bas et partout au Canada. Nous avons eu l'honneur de l'accueillir à de nombreuses reprises au Festival international du conte de Toronto.
Louis était un bon ami. Je l'ai rencontré au Festival international du conte du Yukon. Je me souviens qu'un après-midi, il disposait d'une heure pour raconter, mais qu'il en a consacré la plus grande partie à présenter le récit qu'il avait prévu de raconter. Il disait souvent que ses histoires exigeaient beaucoup de contexte pour être comprises par des auditeurs non autochtones. Cette façon de faire ne s'accordait pas toujours avec les horaires serrés des organisateurs de festivals.
Pour Louis, les longues histoires étaient les meilleures. Il avait grandi dans une tradition où un récit pouvait se déployer sur plusieurs épisodes et plusieurs soirées. L'une de mes plus belles expériences de conte s'est déroulée dans ma propre cuisine, alors que Louis racontait des histoires à Hugh Lupton et à moi. Je les ai enregistrées (avec sa permission), et l'on peut même entendre le bacon grésiller dans la poêle pendant qu'il nous racontait l'histoire des Wailing Clouds (« les Nuages gémissants »), que l'on retrouve également dans ses livres.
Un jour, je lui ai demandé comment il pouvait se souvenir d'autant d'histoires, surtout de récits remontant si loin dans le temps. Il a réfléchi un instant, puis m'a répondu : « Quand je me souviens d'une histoire, je l'entends dans la voix de la personne qui me l'a racontée. »
Après avoir longuement médité sur ces paroles au fil des années, j'ai fini par comprendre que les voix que Louis portait en lui allaient bien au-delà de celles de ses grands-parents et des Aînés qu'il avait connus. Au sens le plus profond, il portait les récits que les Aînés de ses Aînés avaient eux-mêmes portés, et ainsi de suite, remontant sur des milliers d'années. Il avait la responsabilité de maintenir vivantes toutes les voix qui avaient conservé et protégé les histoires qu'il chérissait tant.
Des histoires dans les histoires, des voix dans les voix… Et maintenant, notre grand Enseignant, avec son rire si attachant et son indéfectible dévouement envers l'art du conte, est devenu à son tour une voix dont il nous revient d'entretenir la mémoire et de la faire vivre.
Puissions-nous rendre hommage à ce très grand conteur.
Voici une courte vidéo de Louis :
https://www.facebook.com/watch/?v=965768229802624
- Dan Yashinsky



